« La morale anarchiste » de Kropotkine (1889)

« Ne se courber devant aucune autorité, si respectée soit-elle ; n’accepter aucun principe, tant qu’il n’est pas établi par la raison. » Voici comment Kropotkine définit la philosophie anarchiste. La rédaction de La morale anarchiste est motivée par l’attitude de ses contemporains nihilistes et libertaires qui rejettent toute idée de morale avec la critique des morales religieuses. Kropotkine refuse de rejeter l’idée même de morale avec nous en propose ici une qui soit en accord avec les lois de nature et la raison.

S’il critique l’utilitarisme de Bentham et Mill c’est pour son aspect individualiste. Le bien et le mal sont synonymes, pour eux, de ce qui est utile et nuisible à l’individu. Kropotkine entant lui substituer un utilitarisme qui intègre l’intérêt de l’espèce, intérêt que nous partageons tous naturellement et se manifestant par la solidarité, la sympathie. Étonnamment, c’est chez Adam Smith que Kropotkine va trouver « la vraie origine du sentiment moral » à travers le sentiment de sympathie. L’appui mutuel et la solidarité sont la loi du progrès et de la survie des espèces. Le sentiment moral est donc inné chez l’Homme, c’est une nécessité : « Il serait plus facile à l’homme de s’habituer à marcher sur ses quatre pattes que de se débarrasser du sentiment moral. »

L’analyse de Kropotkine aura survécu à l’épreuve du temps et de l’évolution des connaissances puisque nous retrouvons la même idée chez Jean-Didier Vincent dans Biologie du Pouvoir :

« Compatir, c’est souffrir de la souffrance d’autrui ou jouir de son plaisir ; plus largement, c’est éprouver en soi les passions d’autrui. La compassion exige la présence effective et affective de l’autre. Face à cet autre, je me trouve devant mon semblable : il est ému et je suis ému par son émotion. […] l’empathie apparait comme une fonction indispensable à la vie sociale chez les animaux. Son développement sur des millions d’années, grâce à l’augmentation des capacités cognitives et l’enrichissement du répertoire émotif, a contribué à l’évolution des primates conduisant notamment à cet animal de société qu’est l’homme. […] L’homme compassionnel apparait environ neuf cent mille ans avant le présent, au début du paléolithique inférieur, période où il a appris le langage à double articulation et la marche debout. »[1]

Peut-on alors parler d’altruisme ? Cette solidarité est-elle désintéressée ? Pas pour Kropotkine, partisan de la théorie de l’égoïsme. Tous nos actes, mêmes altruistes, sont motivés par la recherche du plaisir, de la gratification. « Rechercher le plaisir, éviter la peine, c’est le fait général (certains diraient la loi) du monde organique ». Cette loi a également su résister à l’épreuve du temps et à l’apparition des neurosciences qui ont pu nous donner des explications sérieuses du fonctionnement de notre cerveau et de nos comportement. Nous retrouvions cette même lecture dans les années 1970 chez Henri Laborit et aujourd’hui encore avec Sebastien Bohler dans Le bug humain[2] : « l’égoïsme et l’altruisme sont l’un et l’autre motivés par le plaisir[…] Même les actes les plus désintéressés sont engagés parce qu’ils procurent du plaisir. »

Il ressort de l’abandon de la distinction entre altruisme et égoïsme que l’intérêt de l’individu se confond avec l’intérêt collectif. Pour Kropotkine l’homme libre et éclairé agit nécessairement dans une direction utile à la société. La conséquence étant que notre perception de ce qui est bien ou mal, c’est à dire utile ou nuisible, dépend directement de notre capacité à juger correctement de ce qui est objectivement utile ou nuisible. « La conception du bien et du mal varie selon le degré d’intelligence ou de connaissances acquises. Elle n’a rien d’immuable. » Si nous tendons tous naturellement à concevoir comme bon ce qui est utile, et mauvais ce qui est nuisible, nos divergences ne viennent que de nos différentes évaluations de ce qui est utile ou nuisible.

Si les conclusions de Kropotkine restent toujours valides, nous émettrons cependant certaines réserves quant à la méthode qui lui permit d’établir ses lois sur la solidarité. Son argumentaire repose en grande partie sur des analogies avec le monde animal et il déduit ses lois à partir de faits particuliers, par induction.

Malgré ces quelques défauts, la lecture de La morale anarchiste présente le double intérêt de faire connaître les bases philosophiques de l’anarchisme, notamment son fondement rationaliste, et de proposer une morale basée sur les lois de nature qui soit toujours pertinente car conforme à nos connaissances actuelles de l’humanité.

[1]https://refractairejournal.noblogs.org/post/2018/03/11/biologie-du-pouvoir-de-jean-didier-vincent/

[2] https://refractairejournal.noblogs.org/post/2019/02/27/le-bug-humain-sebastien-bohler-2019/

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Transparence et démocratie

Peut-on demander trop de transparence à nos représentants politiques ? C’est ce qu’affirment certains suite aux révélations faites par Mediapart sur les habitudes alimentaires de l’ex-ministre de l’écologie François de Rugy. Si les notes de frais des repas mondains ne pèsent pas lourd dans le budget national, le problème que cette affaire soulève est avant tout moral et politique. Il serait inconcevable qu’un homme politique rende compte de toutes ses dépenses. Il devrait pouvoir garder une certaine autonomie vis-à-vis des citoyens, au risque de sombrer dans une dérive totalitaire. On condamne[1]
« la moralisation », « le flicage » et « la sensation d’être transparents ». La vie privée de l’homme public doit être respectée.

Que demande-t-on réellement lorsqu’on souhaite ne pas avoir à rendre de compte aux citoyens ? La démocratie, comme gouvernement du peuple, repose sur l’idée que le pouvoir politique appartient au corps citoyen. Si ceux qui exercent ce pouvoir au nom du peuple et à sa place n’ont aucun compte à rendre à ce dernier et s’ils coupent le maigre lien qui les unit à lui, alors la classe politique exprime son mépris de la volonté populaire et confisque au peuple son pouvoir politique. Et un régime politique qui confisque le pouvoir politique au peuple, qui ne dépend pas directement et constamment de lui, un tel régime ne saurait se faire appeler une démocratie. En revendiquant l’autonomie de la classe politique on rappelle l’origine fondamentalement aristocratique et anti-démocratique du système représentatif. Les représentants n’ont pas de compte à rendre au peuple, ils gouvernent à sa place et en son nom. Peut-on alors leur faire le reproche de ne pas être assez transparents alors que la constitution de la Ve République interdit le recours au mandat impératif ? Lorsque nous disons que la transparence est une nécessité démocratique, est-ce que nous parlons de la même démocratie que nos élus ?

Une société vraiment démocratique, dans le sens originel du terme, nécessite au contraire que le corps citoyen soit la source exclusive du pouvoir politique. Ceux qu’il se choisit pour exécuter sa volonté, pour la mettre en œuvre, doivent être soumis à un contrôle stricte. Les mandatés ne doivent pas avoir pour fonction de substituer leur volonté à celle du peuple, mais au contraire de la respecter fidèlement et s’y soumettre. Il apparaît alors clairement que la plus parfaite transparence de la part de ceux qui exécutent la volonté du peuple est une condition nécessaire au fonctionnement démocratique car les citoyens doivent être en mesure de pouvoir vérifier que leur volonté est respectée. Si elle ne l’était pas, une société démocratique exigerait que les citoyens puissent révoquer ceux qui ne respectent pas leur volonté.

[1] https://actu.orange.fr/politique/agacee-ou-embarrassee-la-majorite-encalminee-dans-l-affaire-rugy-CNT000001h88sj.html

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Aveyron: Camping anarchiste

Comme tous les ans, nous vous invitons à participer au camping d’été aveyronnais de la CNT-AIT qui aura lieu cette année du 28 juillet au 4 août. Pour les informations et les réservations contactez directement la CNT via mail ou Facebook.

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Violence légitime

Il arrive, à l’occasion de manifestations violentes, que l’on entende certaines personnes rappeler dans les médias que l’État possède le monopole de la violence légitime et que toute violence menée à l’encontre des forces de police ou de gendarmerie est un motif d’indignation valable, alors que les violences exercées par les forces de l’ordre ne sont que le mal nécessaire au retour au calme et au respect de la démocratie. Mais pourquoi l’État devrait-il être le détenteur du monopole de la violence?

La source de la légitimité de l’État français vient de la nature de son régime politique: la démocratie représentative. L’État tire sa légitimité du fait que ceux qui exercent le pouvoir représentent la nation et le peuple et sont choisis par lui. Il serait cependant faux de dire que les représentants politiques représentent ainsi la volonté générale. S’il est concevable que l’exercice du pouvoir puisse se transmettre du peuple à ses représentants, ce n’est pas le cas de sa volonté. Nous pouvons refuser d’exercer notre pouvoir politique mais nous ne pouvons aucunement renoncer à notre volonté. Le représentant n’a d’ailleurs pas vocation à représenter cette volonté car il y substitue la sienne. Comme le stipule l’article 27 de la Constitution de la 5eme République: « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. »[1] Le représentant politique a une volonté propre que l’on peut tenter de discerner en interprétant son discours et ses promesses électorales, mais elle ne saurait être confondue avec la volonté du peuple ou de sa majorité. Un élu peut mentir sur les intentions qui le poussent à se faire élire. Lors de son mandat, le représentant n’est contraint par aucune nécessité de respecter la volonté populaire puisqu’il n’est pas soumis au mandat impératif. Aussi il peut arriver, en partant du postulat que le représentant est honnête, que ses intentions ou celles du peuple changent. Si le représentant change de volonté, il trahi ceux qui l’ont fait élire. Si le peuple change sa volonté mais que le représentant reste fidèle à son intention première, alors il représente le passé et non plus la volonté populaire actuelle. Le système représentatif permet l’émergence d’une désynchronisation entre gouvernants et gouvernés qui peut déboucher sur une contestation populaire lors de laquelle l’État pourra exercer sa répression sur le peuple au nom du peuple. Ce paradoxe mène à questionner sa légitimité. Si l’État exerce la violence au nom du peuple, peut-il le faire contre le peuple? Si c’est la volonté populaire qui légitime l’usage de la violence, alors est-ce qu’elle ne reviendrait pas aux masses contestataires défendant une opinion partagée par la majorité des citoyens plutôt qu’à ceux qui ne représentent plus qu’eux-mêmes?

Pouvons-nous réellement faire coïncider l’idée d’une démocratie comme gouvernement du peuple et le système de représentation politique? Si notre Constitution semble le faire en définissant le principe de la République dans son article 1 par « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », cette aspiration est réduite à néant par la réalité du fonctionnement de nos institutions politiques.
Si nous concevons qu’un régime politique puisse exercer légitimement la violence à l’encontre de ceux qui défendent des intérêts revendiqués par une majorité de citoyens, alors nous devons renoncer à l’idéal démocratique. Si nous pensons que nos représentants, forts de leur légitimité électorale, peuvent s’opposer à la volonté populaire par la force au nom de la démocratie, alors nous ignorons ce qu’est la démocratie. Si nous pensons cependant que c’est bien la volonté du peuple qui légitime l’action politique, alors il nous faut abandonner le système représentatif.

[1] https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

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Démocratie et système de valeurs

Dans Protagoras, Platon retranscrit un dialogue de jeunesse de Socrate dans lequel il questionne la prétention des sophistes, en particulier celle de Protagoras, à dispenser un enseignement aux jeunes athéniens. Hippocrate, qui est venu partager avec Socrate son excitation à l’idée de le rencontrer, souhaite plus que tout s’offrir les services du célèbre sophiste.

« Hippocrate, ici présent, est un de nos compatriotes, fil d’Apollodore, d’une maison illustre et opulente, doué lui-même de manière à soutenir la comparaison avec les meilleurs de sa génération. Il désire, je [Socrate] crois, se faire un nom dans la cité, et il estime que le plus sûr moyen d’y réussir est de te fréquenter. »
Platon, Protagoras, 316 b-c

Ce dialogue se situe entre -432 et -430, alors que Périclès est un des stratèges d’Athènes et que ses réformes font connaître à la cité sa période démocratique la plus radicale. Ce que l’on appelle les « hommes politiques » ne sont alors que les citoyens les plus actifs et qui arrivent à susciter l’adhésion des masses. Il s’agit davantage de meneurs que des décideurs. Aucun citoyen grec n’a alors plus de pouvoir politique qu’un autre (cette égalité politique, instaurée par Clisthène, est appelée isonomie) et l’orientation politique de la citée se joue au sein de l’Ecclesia, l’assemblée centrale de la cité. Tous les citoyens y votent la guerre, la paix, l’ostracisme et, surtout, les lois. Les magistrats, que l’ont pourrait tout aussi bien nommer « fonctionnaires » ou « délégués », n’ont pour rôle que d’exécuter la volonté de l’Ecclesia qui les tire elle même au sort ou, dans de rares cas (comme pour les stratèges), les fait élire. Ils n’ont aucun pouvoir politique, ce qui est l’apanage du corps citoyen dans sa totalité. Depuis Périclès, les charges de magistrature sont rémunérées par le misthos. Assez élevé pour permettre aux plus pauvres de vivre en exerçant leur charge, pas assez pour intéresser les citoyens les plus aisés.

Si nous comprenons aisément que nos contemporains puissent être intéressés par le pouvoir et la rémunération accordés par les fonctions politiques, qu’est-ce qui pouvait bien motiver des jeunes gens comme Hippocrate à vouloir prendre part à l’activité politique de sa cité et à s’y faire un nom ?

Si l’activité politique d’un citoyen athénien sous Périclès et celle d’un élu de la République française n’ont pas grand-chose en commun, elles répondent cependant toutes les deux à un besoin de reconnaissance sociale. Dans le premier cas parce qu’il est considéré comme vertueux et donc bien vu de participer aux affaires de la cité, dans le second parce que la profession politique implique une autorité et un pouvoir de décision qui se traduisent par un statut social élevé qui est une marque de réussite. Sébastien Bohler nous apprend dans Le Bug Humain qu’une partie de notre cerveau, le striatum, récompense la reconnaissance sociale en libérant des doses de dopamine. Cette dopamine, en stabilisant les comportements qui améliorent les chances de survie et de se reproduire, est au cœur du processus d’apprentissage.

« Une fois une certaine situation acquise dans la hiérarchie humaine, le système dopaminergique s’émousse. Si le chef de service, le député ou la ministre ne parviennent par à gravir un échelon supérieur en devenant respectivement chef de département, ministre ou présidente, le plaisir s’affadit. Il faut briguer un autre mandat, si possible les cumuler, pour continuer à faire fonctionner l’aire tegmentale ventrale et le noyau accumbens[…] La dopamine qui circule entre l’aire tegmentale ventrale, le noyau accumbens et les différentes aires du cortex cérébral est responsable du fait que tous les tyrans ou dictateurs des régimes autoritaires s’accrochent au pouvoir même lorsque tout semble contre eux, et sont prêts aux massacres les plus sanglants pour éviter de voir chuter d’un microgramme la concentration de dopamine dans leurs synapses cortico-striatales. »
Sébastien Bohler, Le Bug Humain

Comme pour le reste (alimentation, sexe, etc), la dopamine sert à l’apprentissage de ce qui est bénéfique. Si nous considérons comme bénéfique le fait de gravir les échelons hiérarchiques, alors la dopamine nous récompense et notre cerveau nous en demande davantage pour améliorer encore nos chances de survie et de nous reproduire. Il nous en faut toujours plus. Il nous faut alors nous demander si la recherche du pouvoir politique est une fatalité ou si elle est conditionnée culturellement. Recherche-t-on le pouvoir parce qu’il est bien en soi ou parce qu’il est synonyme, dans nos sociétés, de réussite ? Le cas d’Hippocrate semble illustrer cette seconde option. La recherche de reconnaissance sociale peut prendre d’autres formes que le pouvoir sur autrui et nous pouvons la trouver dans des comportements qu’il est culturellement admis qu’ils sont bons comme le dévouement aux affaires publiques. Nous pourrions nous conditionner à trouver de la gratification dans certains types de comportements. C’est ce qui est démontré dans l’expérience de Pavlov. Si un son choisi arbitrairement est suivit d’une récompense, ce stimulus deviendra lui-même, à force d’apprentissage, une source de plaisir. Ainsi le chien qui entend régulièrement sonner une clochette avant de recevoir sa gamelle salivera au seul son de la clochette. Mais ce conditionnement ne se limite ni aux sons ni aux chiens. Des actions peuvent aussi bien servir de stimuli :

« Quelques années après Pavlov, Edward Thorndike à l’université Harvard puis Colombia créa le concept de conditionnement opérant. Il observa que si une action (et non seulement la perception d’un son) est suivie d’un renforceur primaire, cette action devient elle-même source de bien-être et se trouve renforcée[…] C’est la raison pour laquelle les dresseurs d’otaries constatent qu’au fil des séances d’entraînement, les animaux en arrivent à aimer exécuter leur numéro, même sans le petit hareng habituellement fourni à l’arrivée[…] Les enfants ne sont pas des otaries : ils sont beaucoup plus sensibles à la valorisation sociale, qui est un très puissant renforceur primaire dans l’espèce humaine. Quand un parent félicite son enfant lorsque celui-ci a réussi à empiler des cubes, avec force cris d’enthousiasme et d’admiration, il lui livre une très forte incitation à continuer. »

C’est ce phénomène, et non une quelconque disposition innée, qui explique les différences de comportements altruistes entre hommes et femmes. Si lors d’expériences, les femmes ont tendance à donner plus que les hommes, c’est parce qu’elles font l’expérience dès leur plus jeune âge d’une valorisation des comportements altruistes. On apprend plus volontiers aux jeunes filles à partager et aux jeunes garçons à garder pour soi. Voici une démonstration de notre capacité à modifier notre système de valeurs. Les valeurs de la société dans laquelle nous vivons ont donc leur part de responsabilité dans nos comportements. Il n’est alors pas étonnant de voir les comportements égoïstes se multiplier au sein d’une société qui promeut de plus en plus l’individualisme et sachant cela, il devient plus difficile de les mettre sur le compte d’une supposée nature humaine antisociale.

La question de la démocratie est alors indissociable de la question culturelle. Si nous souhaitons concevoir des institutions qui permettent l’expression de la volonté générale sans faire intervenir de pouvoir autre que celui du corps citoyen, il faut également assurer l’attrait de la chose politique et s’assurer de la concordance entre la forme des institutions et le système de valeurs des individus par l’intermédiaire d’un projet culturel. Il faut accompagner la démocratie réelle, radicale, directe, de la promotion et de la diffusion d’un ensemble de valeurs. Nous devons substituer aux ambitions hiérarchiques, à la recherche de pouvoir personnel, au mythe de la méritocratie et du self-made-man le sens du commun, le partage, et valoriser la participation de tous à la chose politique.

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« Le Bug Humain » – Sébastien Bohler (2019)

« Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher. »

A l’instar de Biologie du Pouvoir et de La Nouvelle Grille, Le Bug Humain a pour ambition de trouver dans le fonctionnement même de notre cerveau des mécanismes qui expliquent nos comportements et nos choix à l’échelle individuelle et sociale et en quoi ces mêmes mécanismes sont responsables de notre déni devant la catastrophe écologique qui arrive à grands pas.
Mais contrairement à ses deux prédécesseurs, Le Bug Humain ne s’avance pas jusqu’à proposer une solution politique claire. Une frilosité que l’on regrettera.

Le constat est édifiant : L’humanité vit largement au dessus de ses moyens et ne semble pas prendre la réelle mesure des conséquences d’une telle surconsommation. A qui la faute ? Au striatum. Cette partie de notre cerveau a pour rôle de récompenser en dopamine des comportements qui favorisent la survie et la diffusion du patrimoine génétique : Se nourrir, avoir des relations sexuelles, le goût du moindre effort, l’utilité ou rang social et l’information. Si ces fonctions du striatum ont permises à l’Homo Sapiens de survivre et de croitre dans un environnement hostile et de rareté, il n’est plus adapté à nos sociétés d’abondance sécurisées. Il devient même dangereux quand il est confronté à des technologies telles que les réseaux sociaux. Car lorsque l’on publie ses photos de vacance sur Facebook ou qu’on se fend d’une réplique cinglante sur Twitter, nous donnons de l’importance aux likes et autres retweets qui vont répondre à la fois à notre besoin de reconnaissance sociale et à notre attirance vers le moindre effort puisque nous n’avons plus besoin d’agir en société ou au travail mais à cliquer sur quelques icônes pour nous situer socialement :

« Si vous obtenez moins de likes que ce que vous attendiez après avoir modifié votre profil, votre striatum s’éteint et votre estime de soi chute; si vous obtenez plus de likes que vous ne le prévoyiez, ce même striatum produit de violentes décharges de dopamine qui vous apporte une bouffée de bien-être. Cela se traduit par une mise à jour de votre estime de soi au sien de vos archives personnelles, lesquelles sont tenues par une zone de votre cerveau localisée deux centimètres en retrait de votre front. Cette zone cérébrale appelée cortex préfrontal ventromédian va en tirer des conclusions sur ce que vous valez à vos propres yeux. Si vous venez d’obtenir une récompense, [il] fait monter d’un cran votre estime de soi. Si vous avez reçu une punition, il la revoit à la baisse. Tout part de ce principe interne de recherche d’approbation par le striatum, une partie de nous-même qui nous enjoint constamment de faire face au jugement d’autrui, en quête de reconnaissance. »

Pour autant, Le Bug Humain ne nous livre pas un déterminisme simpliste qui ferait du striatum tel qu’il est décrit le seul facteur déterminant de tous nos comportements. En prenant l’exemple de la prédominance des comportements altruistes chez les femmes par rapport aux hommes, Bohler illustre le concept de « conditionnement opérant ». Si les femmes voient leurs comportements altruistes mieux récompensés par leur striatum c’est parce qu’elles ont appris à être altruistes. On leur a signifié dès leur plus jeune âge que le partage était une bonne chose. Le conditionnement socioculturel peut donc, dans une certaine mesure, orienter le système de récompense de notre cerveau.

S’il manque de témérité politique, Le Bug Humain a tout de même le mérite de vulgariser efficacement certaines connaissances et de nous alerter sur des problèmes intrinsèquement liés aux réseaux sociaux, au pouvoir et sur notre capacité à prendre conscience des conséquences de notre activité sur Terre tout en évitant les travers des déterminismes simplistes, qu’ils soient uniquement génétiques ou uniquement socioculturels.

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« Qu’est-ce que la démocratie directe ? » de Fabrice Wolff

Dans ce « manifeste pour une comédie historique », Fabrice Wolff entant donner une lecture politique honnête de la démocratie directe athénienne. Cet ouvrage, qui s’appuie en grande partie sur les travaux de Mogens Hansen, tend à corriger certains anachronismes dans l’interprétation des rôles que jouaient les citoyens dans la direction de leur cité.
Wolff défend, en s’appuyant sur les travaux d’Hansen, qu’il n’y avait pas à proprement parler d’hommes politiques dans la démocratie athénienne. Le corps citoyen se divisait entre citoyens actifs et passifs. Il aura également la bonne idée de substituer au terme de « magistrats » celui de « délégués » pour mieux traduire l’absence de pouvoir politique de la magistrature. Aussi, les esclaves scythes qui assuraient le service d’ordre de l’Ecclesia ne sauraient être assimilés à une police car cette fonction est assurée collectivement à travers l’Agora.

Certaines réserves seront toute fois émises sur la lecture de la démocratie athénienne comme « dictature du prolétariat ». Car si la majorité des citoyens qui pouvaient théoriquement participer aux séances de l’Ecclesia étaient pauvres, leur condition économique rendait leur participation aux affaires politiques parfois compliquée. Soit parce qu’ils ne pouvaient pas perdre une journée de travail (il faudra attendre Démosthène pour que le misthos soit étendu à la participation à l’Ecclesia) soit parce qu’ils étaient trop éloignés du centre d’Athènes.

Qu’est-ce que la démocratie directe est donc une bonne introduction politique à la démocratie  athénienne. Si sa lecture gagne à être accompagnée par celle d’ouvrages plus universitaires pour se prémunir d’un trop grand enthousiasme et pour avoir de meilleures connaissances du monde grec, elle apporte certaines précisions qui leur font généralement défaut et en devient nécessairement complémentaire.

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Création de l’Athénée Emile Pouget

Nous vous faisons part de la création, à Rodez, de l’Athénée Emile Pouget qui « est une association loi 1901 qui se donne pour objectif de diffuser la pensée critique et scientifique, de développer l’activité culturelle locale et de porter une réflexion sur la démocratie directe. »
Un texte de présentation est disponible sur la page Facebook de l’association.

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Collecte de livres pour la Cité des Lettres et du Cinéma

La Cité des Lettres et du Cinéma[1], association kabyle située à Tazmalt en Algérie, est à la recherche d’ouvrages militants, scientifiques, sur l’anarchisme et le syndicalisme afin de créer une bibliothèque associative[2]. Si vous avez des ouvrages à donner, n’hésitez pas à nous contacter via mail ou sur Facebook. Nous pourrons les céder en main propre à un des membres de l’association présent en Aveyron.

[1] https://www.facebook.com/La-Cit%C3%A9-des-Lettres-et-du-Cin%C3%A9ma-CLC-479921562098987/

[2] https://www.leetchi.com/fr/Cagnotte/45978884/d20e1cb4

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Hypocrisie participative

Cet article est issu du tout premier numéro du Réfractaire de Décembre 2014.

« Démocratie participative ». Voilà une idée pleine de promesses. Ça sonne presque comme « démocratie directe » mais en plus soft. Et bien figurez vous qu’il s’agit du nouveau dada de la mairie de Rodez. Cette dernière entend se « démocratiser » un peu plus à travers des comités de quartiers, un conseil des jeunes, un conseil des aînés et un conseil municipal des enfants qui formeront les quatre « commissions extra municipales consultatives » d’après la maigre documentation disponible dans le hall de la mairie. Alors qu’est-ce que tout ça veut dire? Non, Teyssèdre et son équipe municipale ne tentent pas d’instaurer le socialisme ou le communisme de conseil. La classe politique locale au pouvoir essaye juste de nous dire qu’elle va feindre de porter une quelconque attention aux revendications de ses administrés. On aura désormais un violon dans lequel pisser.
Dans une interview donnée au journal Le Ruthénois, Monique Bultel-Hermet, la « Madame démocratie participative à la mairie de Rodez », nous explique le rôle consultatif des comités de quartiers. « Ils seront consultés pour les grands projets à l’échelle de la ville. Ils émettront un avis. Puis, au niveau du quartier proprement dit, ils auront le pouvoir d’impulser et de contribuer à la réalisation de petits équipements sportifs, ludiques et d’embellissement. » Quelle belle façon de dire qu’ils n’ont strictement aucun pouvoir décisionnel… Non seulement leur domaine de compétence est très réduit, mais on ne leur laisse que la possibilité d’émettre « un avis ». C’est ça la démocratie? Non. La démocratie, si elle doit exister, est nécessairement directe, sans quoi on remplace le gouvernement du peuple par le gouvernement des représentants du peuple, de la classe politique.
Les comités de quartiers ne doivent pas être de bêtes outils consultatifs d’une autorité supérieure, ils doivent être souverains. Seuls les habitants d’un quartiers ou d’une commune devraient décider de la vie du quartier ou de la commune. Et il conviendrait d’étendre l’idée à la totalité de la sphère sociale, et donc à nos lieux de travail en remplaçant les patrons et autres hiérarchies parasitaires par des conseils de travailleurs. Ainsi nous pourrons effectivement prendre nos vies en main et nous débarrasser des politicards de tous bords. Voilà la démocratie.

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