Trump et les autres

La victoire surprise de Donald Trump aux États-Unis, permise par la singularité du système électoral américain[1], ressemble à un véritable séisme politique car le populiste a été élu à la plus haute fonction de la première puissance mondiale. Mais cette victoire n’avait elle pas été déjà annoncée pour celles et ceux qui ont observé la montée des mouvements populistes à travers le monde? Aux Phillipines, Rodrigo Duterte a été élu le 9 mai dernier en déclarant vouloir tuer tous les toxicomanes du pays[2], en faisant l’éloge du viol d’une missionnaire australienne et en souhaitant se passer du congrès s’il venait à désapprouver sa politique. Sa politique anti-drogue a déjà causé la mort de plus d’une centaine de personnes. En Italie, le Mouvement 5 étoiles qui se présente en parti de la démocratie participative et anti-système s’est illustré à la fois par des frasques homophobes, antisémites et pro-fascistes de ses cadres parmi lesquels on compte des nostalgiques de Mussolini. Il s’est aussi fait remarquer par l’incapacité de la maire de Rome et membre du mouvement à former une équipe municipale. Incapacité due au fait qu’une douzaine des postulants ont dû renoncer après la découverte de leurs casseroles judiciaires et politiques ou de conflits d’intérêts. En Grèce le parti Syriza supposé anticapitaliste et anti-autstérité a gratifié les grecs d’une prévisible poursuite de la politique d’austérité et d’une étonnante alliance avec un parti de droite souverainiste. En France le succès du Front National et la banalisation du discours nationaliste ont déjà été évoqués dans le numéro précédant[3]. En Allemagne et en Autriche l’AFD (Alternative Pour l’Allemagne) et le FPO (Parti de la Liberté d’Autriche) suivent le même raisonnement.

trump-make-america-great-again-white_5936Ces formations politiques diffèrent les unes des autres. Syriza, Jean-Luc Mélenchon ou Podemos en Espagne sont d’anciens cadres d’autres partis gauchistes ou communistes et adoptent un discours globalement progressiste. D’autres comme le Front National ou Donald Trump misent sur la nostalgie d’une gloire passée fantasmée, le racisme et la xénophobie. Mais tous partagent une fausse critique des « élites ». « Élites » dont ils s’excluent alors qu’ils proviennent généralement de l’élite économique ou politique.
Le discours populiste fait donc son beurre sur le ras-le-bol de la population et sur une forme de rejet de la politique. Les personnes qui pourraient voter pour un candidat populiste pour ces raisons sont aussi des abstentionnistes potentiels, voir des individus susceptibles d’être à l’écoute d’un discours révolutionnaire qui souhaiterait réellement se passer de la classe politique. Les déçus du système se voient proposer deux options. Soit le remettre radicalement en question et aspirer à le changer, soit tomber sous le charme de l’homme ou la femme politique providentielle et se condamner à le perpétuer. Alors on voit mal, comme le prétendent certains, comment la promotion de l’abstention comme outil de contestation pourrait favoriser les votes populistes comme celui du Front National. Au contraire, c’est en développant des alternatives qui se font hors de la politique classique que nous pourront contrer la montée des populismes et promouvoir l’objectif anarchiste.

[1] Hillary Clinton a reçu les votes d’un plus grand nombre d’électeurs mais mal répartis. Elle remporte moins d’Etats et donc moins de grands électeurs.
[2] « Hitler a massacré trois millions de Juifs. Bon, il y a trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer. »
[3] Voir l’article « 2017 » du Réfractaire n°7

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